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Profil de l'auteur :
Né en 1912. Diplômé de Busen (Ecole d'Enseignement
des Arts Martiaux de Kyoto) en 1937. Nommé assistant professeur
au Lycée de Kôchi la même année. En 1940, il part
pour Shanghai où il est nommé assistant à l'Université
Toa Dobun Shoin, il prodigue également son enseignement à
titre privé à des Occidentaux. Après la Guerre, il
demeure quelques années dans l'ombre à Shikoku, son pays
natal, avant de se rendre en France, en 1953, à l'injonction de
son maître. Il dirige actuellement le Dôjô Michigami
de Bordeaux, tout en exercant les fonctions de plus haut conseiller
technique auprès de la Fédération Hollandaise de Judo,
où il dirige, entre autres, le 6e. dan Anton Geesink. Lui-même
est titulaire du 7e. dan.
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 Enfin
les Jeux Olympiques de Tokyo vont s'ouvrir en octobre de l'année
prochaine. Alors qu'il nous reste à peine six cents jours, délai
qui ne permet donc plus de traîner, où en sont les efforts
déployés dans l'étude et les progrès du judo
dans ce Japon qui en fut toujours la patrie?
 Au
point où nous en sommes arrivés, j'estime qu'il n'y a plus
guère de raison valable pour continuer à se bercer de l'illusion
de cette "invincibilité" du Japon, je n'en veux pour preuve que
ce vent de panique qui balaya le monde du judo immédiatement après
la clôture des Troisièmes Championnats Mondiaux de Judo, qui
avaient eu lieu il y a deux ans à Paris et dut paraître proprement
épouvantable aux yeux de tous les étrangers. Même moi
qui me trouvais à des milliers de kilomètres, dans la lointaine
Hollande, je pouvais aisément m'imaginer combien, pour s'être
fait ainsi ridiculiser par ce Hollandais, le monde du judo japonais avait
pu ainsi sombrer dans la confusion et perdre, avec la tête, tout
sens du réel. "Car ce n'est pas un Cargo à vapeur qui peut
réveiller le Pacifique de son grand sommeil!"
 Tout
ce qui a pu se raconter alors comme bêtises à la haute direction
du judo japonais et qui me fut rapporté, j'en demeurai pantois.
"Les newaza (techniques d'immobilisation au sol) étaient
totalement insuffisants!" tonnait l'un ; "La force l'a emporté
sur la technique!" fulminait un autre. Bref on buvait la honte jusqu'à
la lie! Si au Japon ce genre de raisonnements passionnés pouvait
avoir cours, à l'étranger c'était là des excuses
tout a fait inacceptables. Car tout de même, la force n'était-elle
pas une partie de la technique? Evidemment, que la force n'est pas tout
dans la technique, tout le monde est d'accord pour l'admettre, cependant,
pour rendre la plus efficace possible la technique du judo il faut évidemment
de la force, cela aussi, tout judoka est prêt à l'admettre.
 Pour
optimiser la technique (dans la double optique géométrique
et dynamique), l'énergie spirituelle et la force physique sont des
paramètres absolument indispensables (je veux parler d'une force
physique qui ne soit pas donnée par le poids, mais bien de la force
physique optimisée par la tonicité et l'élasticité
musculaires, la rapidité du réflexe). Et la discipline quotidienne
pour l'acquisition de la trempe d'un Geesink (détenteur du titre
mondial) que j'entraîne, tout en portant, cela va sans dire sur l'aspect
technique, porte surtout sur la recherche de tous les moyens possibles
et imaginables pour gérer avec un maximum de profit sa force physique
sur le plan technique. En d'autres termes, cela consiste à rechercher
lequel des muscles doit développer à quel moment un maximum
de puissance d'action afin de tirer le meilleur parti d'une technique.
 Ce
n'est donc pas un hasard si Geesink a remporté le championnat, mais
bien un enchaînement de causalités logiques absolues. Et si
la critique hurle qu'on a laissé la force s'exprimer sur la technique,
on voudra bien m'excuser, mais cela me fait penser à la parabole
des cinq aveugles qui palpent l'éléphant (chacun ne pouvant
prendre connaissance que de la partie qu'il peut toucher, aucun des cinq
ne réalisera qu'il s'agit d'un éléphant). Bon, que la
critique émane de milieux totalement ignorants de la réalité
du judo, cela est sans conséquence. Mais là où cela
devient grave, c'est lorsqu'elle est formulée par des spécialistes,
et qui plus est, des hauts responsables des sphères du judo, et
même du pays d'origine de cette discipline, qui accumulent à
l'envi des sottises et des mensonges dans le seul but de jeter de la poudre
aux yeux et de fuir leurs responsabilités pour cette totale déconfiture,
là en tant qu'humble membre de la communauté des judokas,
je sens qu'il faut que je m'insurge.
 Donc
je voudrais élever ici deux prières instantes. Un. Je voudrais
que les dirigeants aient une bonne fois le courage de reconnaître
l'étendue de leurs responsabilités qui ont mené pour
la première fois à sa défaite le judo japonais qui ne
manquait pourtant pas de tradition, ni d'athlètes valables. Responsabilité
d'être resté assis les bras croisés sur un système
d'organisation féodal sous prétexte justement du maintien
d'une tradition, et d'avoir par là négligé la recherche
et l'étude pour avoir été trop confiants dans leur invincibilité
"légendaire".
 Deux.
Réformer cette année même toute l'organisation, remanier
le personnel de direction, intégrer les combattants valables et
compétents ayant fait leurs preuves mais occupant une position d'outsider,
afin de reconstruire sur des bases nouvelles le monde du judo.
 Faute
de prendre ces mesures, une victoire aux Jeux Olympiques de Tokyo imminents
n'est rien moins que problématique. Le Judo Japonais ne se trouve-t-il
pas en bien mauvaise posture? Si les Olympiades se soldent par une défaite
du Japon sous les yeux de tous nos compatriotes, le judo cessera très
certainement d'être une affaire proprement japonaise. |